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La nuit, il y a moins de trafic

Dans leur génération et chacun à sa place, ils sont parmi les tous meilleurs. Le Citizen Kane du mois est allé dresser le portrait de la paire de double Franck et Sami, que les plus grandes marques désirent s’attacher. Pour fluidifier les paiements par téléphone et SMS. Le Voice Commerce sans paiement, c’est en effet moins efficace.


Paris, 12ème arrondissement, une nuit dans le début des années 2000. Deux hommes au fond d’une cave tentent de réanimer un serveur. On s’attend, dans la suite de l’épisode, à voir débarquer d’autres hommes avec des brassards de police pour arrêter les premiers. Peut-être à une poursuite, occasionnée par ce début de casse ? Mais on n’est pas sur une chaine câblée ou sur Netflix. « On était simplement en train de redémarrer les serveurs, suite à un déménagement, pour perdre le moins de paiements possible et c’est la nuit qu’il y a moins de trafic. Sur les serveurs. C’est presque comme ceci qu’a débuté notre collaboration », se souvient Franck. Passer quelques heures aux côtes de Sami Zaiter et Franck Méchineau, les deux compères qui sont associés dans l’aventure Voxpay (et dirigent parallèlement le Kiosqueur, un opérateur télécom à valeur ajoutée) revient à plonger au cœur des folles années de l’audiotel et du paiement par téléphone en France. Et ne pas en sortir. Les deux ingénieurs se sont croisés, connus et appréciés au sein de quelques-unes des sociétés les plus fameuses du secteur. Ils ne se sont plus quittés. La Vendée pourtant n’est pas limitrophe du 94.


Sami Zaiter et Franck Méchineau - © Emil Hernon


Chapitre 1 : Créteil et Montaigu


En-Contact : D’où venez-vous ? Sami Zaiter : Je suis né à Créteil, j’y ai fait mes études, un BTS et ensuite le CNAM. Il a donc fallu que j’aille à Paris pour suivre les cours du soir. Et j’habite le Val de Marne. J’ai commencé à bosser chez un expert-comptable pour manager son réseau informatique ; la bulle internet des années 2000 m’a incité à me lancer dans le développement. Je découvre alors EUROVOX, l’une des rares sociétés de télématique pratiquant le couplage téléphonie-informatique. Franck Méchineau : Je suis né à Montaigu en Vendée où j’ai fait mes études. J’ai dû m’exiler à Nantes pour faire sup et spé, y découvrir qu’on peut être le 1er de la classe et se taper un 2 au premier devoir de maths en classe prépa : ça calme. Et j’ai ensuite fait l’Enseeiht, à Toulouse. Je suis ensuite rentré ensuite chez Dassault Electronique où j’ai commencé à travailler sur des systèmes embarqués pour créer des leurres, des systèmes de contre-mesures. On appelait cela la guerre électronique. Je me suis assez vite ennuyé.


Profession des parents ? SZ : Mon père réparait des ascenseurs ; il était passionné d’électronique. J’ai découvert le code informatique grâce lui en codant un jeu sur un AMSTRAD CPC 6128 et ma mère est directrice de centre de loisirs. FM : Mon père dirige une entreprise de fabrication de fenêtres, qu’il a rachetée après en avoir été le directeur financier. Pendant un moment, je m’en suis également occupé. J’ai ainsi découvert les joies du pilotage de la téléprospection pour décrocher des rendez-vous chez les particuliers. Sur la masse des rendez-vous, et des ventes signées ensuite par l’équipe de vendeurs, de temps à autre, il peut y avoir une irrégularité. Il faut alors s’en occuper.


Comment êtes-vous tombé dans la marmite du paiement par téléphone ? SZ : J’ai participé à la création et au développement d’Allopass, une des sociétés les plus connues du secteur du micropaiement pendant un temps et qui est devenue par la suite Hi Pay Mobile. Ils ont été les premiers à proposer du paiement par téléphone et sms pour effectuer des achats digitaux. A l’époque la pub, ça ne rapportait rien ! FM : Après Dassault Electronique, j’ai très vite intégré une start-up, pour les défis techniques auxquels elle m’obligeait à me confronter ; puis j’ai travaillé chez Mobiquid, le 1er Shazam si l’on veut. La société proposait un service innovant : elle permettait en écoutant une chanson à la radio sur la bande FM, de la reconnaitre et d’acheter en direct le disque ensuite chez Alapage. Il fallait pour cela que l’on dispose de votre numéro de carte bleue. Je m’y occupais des serveurs, notamment. Vient un moment où, comme on l’entend désormais souvent dans la Tech, il faut pivoter. Alors qu’il reste quelques millions dans les caisses de Mobiquid, le marché s’essouffle. La recommandation des investisseurs qui sont au board de Mobiquid va provoquer la rencontre des chemins de nos deux spécialistes des serveurs. FM : Mobiquid a fusionné avec Hi-Media en 2003. Et je me retrouve donc au sein d’une régie publicitaire en ligne à continuer à manager des serveurs de reconnaissance musicale. Un jour Cyril Zimmermann, le fondateur d’Hi-Media, vient me voir et me demande ce qu’on peut faire de nos serveurs de reconnaissance musicale. Je lui réponds : « Rien. Par contre, parmi les différents services de l’entreprise, je te conseille de garder et développer un service de micropaiement ! Cyril me dit banco, il affecte un commercial à cette nouvelle activité et roule ma poule, on a lancé le paiement chez Hi-Media. Le service rencontre un vrai succès et les revenus générés sont exponentiels, à tel point qu’on décide de racheter le leader sur le marché : Allopass. C’est ainsi que je fais la rencontre de Sami SM : Et moi, celle de Franck. Je suis devenu l’un de ses directeurs techniques.


L'équipe Voxpay - © Emil Hernon


Chapitre 2 : Quand l’ACPR te demande ce que tu vas faire de ton statut d’établissement de paiement Du paiement en ligne et par téléphone et de ses subtilités.


Les années 2000 vont voir surgir et émerger dans l’économie des jeux en ligne toute une palanquée d’entreprises et de dirigeants brillants, rapides et qui sont comme les banquiers de ces services assurés à distance, puisque leurs entreprises en assurent le financement et la viabilité économique. Certaines dorment désormais au cimetière tandis que d’autres ont muté ou ont été rebaptisées. Voxpay va naitre de ce grand bouleversement, grâce à l’expertise combinée en télécom de Sami et celle de Franck dans les paiements et leur subtilité ainsi que l’aspect règlementaire. Chacun, après des expériences formatrices, va quitter le nid douillet du statut de salarié pour celui d’entrepreneur et apporter, dans la corbeille Voxpay, son savoir-faire.


Quelles sont les expériences qui vous ont marqué, dont vous vous souvenez ? FM : Je me souviens des premières réunions avec l’ACPR*, avec une vingtaine d’interlocuteurs où deux univers se rencontrent : la startup et le monde de la banque. Des réunions impressionnantes où nous devions expliquer ce qu’on allait faire avec notre statut d’établissement de paiement et comment on comptait mettre en place tous les procédures associées à ce statut. Là tu changes de braquet et comprends que le bricolage dans le garage, c’est fini ! SZ : Ce que l’on apprend lorsqu’on est CTO ou DSI des genres d’entreprises où j’ai travaillé, c’est à encaisser les situations les plus improbables, les pics d’appels ou de flux. C’est comme ça qu’on s’est retrouvés avec Franck en 2006, une nuit à déménager et réinstaller des serveurs, afin de perdre le moins de trafic possible et donc de paiements associés. C’était l’époque où de nombreuses sociétés hébergeaient elles-mêmes, dans leur salle blanche, leur système d’information. Amazon AWS n’existait pas et les data centers externalisés étaient très peu développés et très onéreux. Quand on développe des services désormais, qui combinent souvent téléphone et paiement, on pense à assurer les fondations pour ne pas avoir à tout redévelopper, à tout déconstruire et encaisser la charge. On pense à la brique suivante. A concevoir des systèmes ouverts.


© Emil Hernon


En 2016, l’un vite rejoint par le second, a le sentiment qu’il a fait le tour de son métier dans la société des autres. Naissent alors concomitamment, le Kiosqueur, opérateur télécom et Voxpay, spécialisée dans le paiement omni canal, par tél et SMS. Vite remarquée pour sa capacité à résoudre des problèmes techniques qui font transpirer les autres, sa certification PCI DSS et sa passion à relever les défis techniques fréquents, en ces périodes de contrôle des flux, du RGPD, etc.


Il parait que tu assures encore la hotline Sami ? SZ : Oui, une partie de nos clients gère des services par téléphone et leur revenu en dépend. Il faut résoudre vite les problèmes techniques, lorsqu’ils dépendent de nous, ce qui n’est pas toujours le cas et puis rassurer, de temps à autre.


Voxpay a signé cette année des contrats prestigieux avec des grandes mutuelles, des acteurs du luxe ou de l’énergie et des professionnels du tourisme. Que viennent elles chercher chez vous qu’elles n’ont pas déjà en interne ? FM : Entre les normes DSP2, le respect du PCI DSS et le RGPD, assurer le paiement de services par téléphone, par SMS n’est pas simple ni anodin : on parle de revenus et d’expérience client. On a une très bonne équipe, on est parmi, je crois les vrais experts sur ces sujets et on adore quand on nous soumet des difficultés à résoudre. Notre équipe est constituée de personnes avec lesquelles nous avons déjà eu des expériences et qui sont pro dans leur domaine.


Pourquoi vous êtes-vous associés et comment fait-on pour le rester ? FM : Sami est très bon dans son domaine des Telecom, une des rares « ressources » françaises à pouvoir manager les flux télécom, le protocole SIP. Malgré son statut d’entrepreneur aujourd’hui, il est chassé régulièrement pour rejoindre des structures Telecom d’envergure. Et il sait entretenir de bons rapports avec les clients, l’équipe. Et il est très bon au support quotidien avec les clients, bien plus patient que moi (sourires). Et puis Sami adore les défis ! Rien n’est impossible pour lui. SZ : Franck est un pilier sur lequel on peut s’appuyer, il est exigeant avec une expertise dans différents domaines et une vision à 360°, qui nous permet d’anticiper et d’avoir de l’avance Endurance et persévérance, c’est son petit côté marathonien. Last but not least, comme on des commerçants, il faut rester ouvert. Avec ma femme, nous avons depuis peu une famille nombreuse. Franck tient la boutique quand je dois aller les chercher à l’école ;)


Sorya Znaguibd - © Emil Hernon


« Ce sont des patrons bienveillants, en même temps que de vrais entrepreneurs »


Embauchée comme responsable commerciale après son master et une expérience à l’étranger, Soraya Znagui évoque l’ambiance au sein de l’entreprise qui lui a confié les rênes d’une partie du bizdev. Elle est la dame qui passe des coups de fil sous sa casquette. « Un de mes anciens collègues m’a conseillé de postuler dans l’entreprise. Ils m’ont reçue en entretien, ce fût riche et direct. Franck m’a demandé quand j’étais disponible et m'a dit en fin d’entretien 'on peut attaquer lundi prochain'. Bon, c’est sûr, je ne saisis pas toujours toutes les blagues de techos pur et dur que les ingénieurs partagent sur Slack mais ce n’est pas bien grave. Ils prennent tous du temps à m’expliquer ce qui est technique, dès que j’ai une question. Sami est rigoureux, exigeant et terre à terre à la fois. Et Franck a sans arrêt l’esprit en éveil sur ce qui va arriver comme nouveaux usages, techniques. Ils sont très complémentaires et en même temps à l’écoute. Voxpay va se développer encore plus, et j'en serai ! »


Par Manuel Jacquinet


*(Hipay sera en effet une des premières Fintech françaises à avoir obtenu le statut d’établissement de paiement auprès de l’ACPR)


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